Günther Anders, the Philosopher at the End of the World
L'exemple du pilote Claude Eatherly, qui participa à la mission sur Hiroshima en traitant son rôle comme une tâche technique avant d'en ressentir plus tard l'horreur, sert de point de départ à la réflexion de Günther Anders sur la coexistence du geste routinier et du cataclysme inédit. Anders formule le concept de fracture prométhéenne pour désigner l'asynchronie croissante entre nos capacités technologiques extraordinaires et notre imagination morale, ce qui rend incompréhensibles et donc neutralisables des actes de destruction massive. Il analyse aussi la médiatisation et la bureaucratie comme facteurs qui banalisent le mal en séparant l'acteur de ses actes, produisant une innocence infernale comparable à la banalité du mal d'Eichmann. Parallèlement, Anders décrit la honte prométhéenne provoquée par des machines qui montrent à l'homme ses limites et alimentent le désir transhumaniste de s'effacer ou de se remplacer pour échapper à la condition finie. Sa solution consiste à élargir notre imagination morale afin de combler la fracture prométhéenne et d'accomplir, par des actes quotidiens et vigilants, la tâche permanente d'empêcher l'autodestruction planétaire.